01-39-26-00-80

Quatre vélos à assistance électrique disparus en six mois, aucune trace d’effraction sur la porte, et un conseil syndical qui découvre que la moitié des résidents cale la porte du local avec une brique parce que la ventouse claque trop fort. Ce scénario, nous l’avons rencontré presque tel quel dans une copropriété de Montigny-le-Bretonneux au printemps dernier. Il résume assez bien pourquoi les locaux à vélos sont devenus, en quelques années, le point faible numéro un des immeubles collectifs. Un VAE vaut aujourd’hui le prix d’un scooter d’occasion, il se revend en quelques heures, et il dort la nuit derrière une porte que trente personnes peuvent ouvrir. Dans cet article, nous détaillons ce qui fonctionne réellement pour sécuriser ce type d’espace : le choix et le positionnement des caméras, la brique contrôle d’accès qui empêche l’intrusion plutôt que de la filmer, le cadre juridique à respecter en copropriété, et plusieurs retours de chantier avec les chiffres associés.

Pourquoi les locaux à vélos concentrent autant de vols aujourd'hui

Le vol de vélo est devenu un phénomène de masse en France, avec des estimations qui tournent autour de 400 000 vols par an selon les chiffres relayés par la Fédération française des usagers de la bicyclette. La montée en puissance du vélo à assistance électrique a changé la nature du problème : on ne parle plus d'un objet à 300 €, mais d'un équipement dont le prix d'achat se situe couramment entre 1 500 et 4 000 €, avec une batterie et un moteur revendables séparément sur les plateformes de petites annonces.

En copropriété, la vulnérabilité vient rarement de la porte elle-même. Elle vient du fait que le local à vélos est un espace collectif, peu fréquenté, souvent en sous-sol, mal éclairé et accessible avec un badge partagé par des dizaines de personnes. Autrement dit : un espace où un intrus peut travailler dix minutes sans être vu, avec une meuleuse sans fil qui vient à bout d'un antivol en U en moins d'une minute.

Ce qu'est réellement un local à vélos sécurisé

Dans notre pratique d'installateur, un local à vélos peut être considéré comme sécurisé lorsqu'il réunit quatre conditions cumulatives. Retirer une seule d'entre elles suffit à faire tomber l'ensemble du dispositif :

  • Un accès contrôlé et nominatif : chaque badge est attribué à un lot identifié, révocable individuellement, et distinct du badge qui ouvre le hall ou le parking.
  • Des points d'ancrage fixes : arceaux ou râteliers scellés dans la dalle, permettant d'attacher le cadre et non uniquement la roue.
  • Une surveillance vidéo exploitable : au moins une caméra capable de fournir une image d'identification à l'entrée, et non une silhouette floue.
  • Une traçabilité des accès : un journal des passages horodaté, consultable en cas d'incident et croisable avec les enregistrements vidéo.

La caméra seule ne protège rien. Elle documente. Le contrôle d'accès seul ne protège pas non plus si le badge se clone pour 3 € sur internet. C'est la combinaison des deux, associée à une porte digne de ce nom et à des ancrages corrects, qui produit un résultat mesurable.

Les trois modes opératoires que nous observons le plus souvent

Quand une copropriété nous appelle après une série de vols, le diagnostic aboutit presque toujours à l'un de ces trois scénarios :

  • Le talonnage (tailgating) : l'intrus entre derrière un résident qui rentre du travail. C'est de loin le cas le plus fréquent, et aucune serrure ne le résout.
  • Le badge cloné ou perdu : les badges de proximité 125 kHz équipant encore beaucoup d'immeubles se dupliquent en quelques secondes avec un copieur vendu une vingtaine d'euros. Un ancien locataire, un ancien prestataire, et le badge circule.
  • Le passage par la rampe de parking : la porte de garage reste ouverte 20 à 30 secondes après le passage d'un véhicule. Un piéton entre à pied, descend au niveau -1, et se retrouve devant une porte de local vélos souvent bien plus faible que celle du hall.

Ce dernier point mérite d'être souligné : dans beaucoup d'immeubles, le local à vélos est le maillon faible d'une chaîne dont le reste est correctement traité. Sécuriser le local sans traiter la temporisation de la porte de parking revient à changer la serrure d'une porte dont la fenêtre reste ouverte.

Vidéosurveillance d'un local à vélos : les choix techniques qui font la différence

Un local à vélos pose des contraintes très spécifiques : lumière quasi nulle une grande partie de la journée, surfaces métalliques réfléchissantes partout, contre-jour violent au niveau de la porte, et un volume à couvrir généralement compris entre 20 et 80 m². Voici comment nous dimensionnons ce type d'installation.

Deux caméras plutôt qu'une : plan d'identification et plan d'ensemble

L'erreur classique consiste à installer une caméra unique dans un angle du local, en espérant tout couvrir. Le résultat est prévisible : on voit qu'un individu est entré, on ne sait pas qui. Nous recommandons systématiquement une répartition en deux plans distincts :

  • Une caméra d'identification placée face à la porte, à l'intérieur du local, à environ 2 à 2,5 m de hauteur, orientée vers le visage de la personne qui entre. L'angle de plongée doit rester inférieur à 30°, faute de quoi une simple casquette suffit à masquer entièrement le visage.
  • Une caméra de vue d'ensemble couvrant les emplacements et les arceaux, qui documente le geste : quel vélo a été décroché, à quelle heure, avec quel outil.

Raisonner en pixels par mètre, pas en mégapixels

C'est le point technique qui distingue une installation professionnelle d'un achat en grande surface. La norme EN 62676-4, qui sert de référence en Europe pour la conception des systèmes de vidéosurveillance, définit des seuils de densité de pixels selon l'objectif recherché :

  • 25 px/m : détection (une présence est signalée).
  • 62,5 px/m : observation (on distingue une silhouette, une couleur de vêtement).
  • 125 px/m : reconnaissance (on identifie une personne déjà connue).
  • 250 px/m : identification (image exploitable par les forces de l'ordre).

Concrètement, une caméra 4 MP délivre une image de 2 688 pixels de large. Pour atteindre le seuil d'identification de 250 px/m, la largeur de scène couverte au plan du visage ne doit pas dépasser 2 688 / 250 = 10,7 m. Sur la caméra d'identification placée à 3 m de la porte et couvrant une largeur utile de 4 m, on obtient environ 670 px/m : la marge est confortable, même si la personne baisse la tête. En revanche, la même caméra utilisée pour couvrir un local de 15 m de long depuis le fond retombe sous 180 px/m, ce qui n'est plus une image d'identification. C'est pour cette raison que nous privilégions deux caméras bien positionnées plutôt qu'une caméra 8 MP mal placée.

Côté optique, un objectif de 4 mm sur un capteur 1/2,8 pouce ouvre à environ 70° et couvre une largeur d'environ 11 m à 8 m de distance. Pour les locaux étroits et longs, typiques des sous-sols haussmanniens réaménagés, un 6 mm donne un résultat bien plus exploitable qu'un grand angle qui étire les perspectives.

Caméra de vidéosurveillance installée au plafond d'un local à vélos de copropriété avec vélos attachés à des arceaux
Une caméra positionnée face à la porte, à hauteur de visage, fournit une image d'identification exploitable, contrairement à un montage en angle de plafond.

La nuit, l'infrarouge n'est pas toujours la bonne réponse

Un local à vélos est rempli de surfaces réfléchissantes : catadioptres, jantes, cadres chromés, tôles. En éclairage infrarouge, ces surfaces renvoient une quantité de lumière considérable vers le capteur, ce qui déclenche l'ajustement automatique du gain et sous-expose complètement le reste de la scène, à commencer par le visage. Nous obtenons régulièrement de meilleurs résultats avec des caméras à vision couleur nocturne, qui reposent sur un objectif à très grande ouverture (f/1.0) associé à un éclairage blanc de faible intensité : la gamme ColorVu chez Hikvision et la gamme Full-Color chez Dahua couvrent ce besoin. L'image reste en couleur, ce qui change tout pour décrire un individu ou un vêtement dans une main courante.

Deux pièges de montage reviennent en permanence sur ce type de chantier :

  • Le voile blanc : une caméra dôme infrarouge installée trop près d'un mur ou d'une poutre renvoie son propre IR dans l'objectif. L'image de nuit devient laiteuse et inexploitable. Il faut décoller la caméra de toute surface proche, ou passer sur une caméra à éclairage blanc.
  • Le contre-jour à la porte : si le local ouvre sur une rampe donnant à l'extérieur, la personne qui entre est à contre-jour total en journée. Un capteur avec un WDR de 120 dB minimum est indispensable, sans quoi vous ne filmerez qu'une silhouette noire.

Détection intelligente, stockage et sécurité du système

Les fonctions d'analyse embarquée ont beaucoup progressé et sont particulièrement pertinentes ici. Les technologies AcuSense (Hikvision) et WizSense (Dahua) classifient les objets détectés et distinguent une personne d'un chat, d'une araignée sur l'objectif ou d'un reflet de phare. Dans un local à vélos, cela divise le volume d'alertes par dix et rend la supervision réellement tenable pour un conseil syndical.

Quelques règles de configuration que nous appliquons systématiquement :

  • Enregistrement sur événement avec pré-enregistrement de 5 secondes plutôt qu'un enregistrement continu : on conserve le contexte avant la détection tout en divisant le volume de données.
  • Dimensionnement du stockage : une caméra 4 MP en H.265+ génère environ 4 Mbit/s en continu, soit près de 43 Go par jour. Deux caméras conservées 30 jours représentent environ 2,6 To, ce qui impose un disque de 4 To de classe surveillance, conçu pour l'écriture permanente.
  • L'enregistreur ne doit jamais être installé dans le local à vélos. Cela paraît évident, et pourtant nous avons repris plusieurs installations où le NVR était vissé au mur, à trois mètres des vélos. Le voleur repart avec les preuves. L'enregistreur va dans un local technique fermé, idéalement avec un onduleur.
  • Sécurisation du système lui-même : mots de passe par défaut changés, services P2P et UPnP désactivés s'ils ne sont pas utilisés, firmwares à jour et caméras isolées sur un VLAN dédié. Des vulnérabilités critiques comme la CVE-2021-36260 côté Hikvision ou les CVE-2021-33044 et CVE-2021-33045 côté Dahua ont été massivement exploitées par des botnets sur des équipements jamais mis à jour. Une caméra compromise dans un immeuble, c'est un flux vidéo privé qui circule.

Dernier point pratique souvent oublié : la liaison réseau. Un sous-sol coupe le Wi-Fi, et la distance entre le local à vélos et le local technique dépasse fréquemment les 100 m réglementaires du cuivre Ethernet. Il faut alors prévoir un switch PoE intermédiaire dans un coffret fermé ou une liaison fibre avec convertisseur. Anticiper ce point en amont évite les mauvaises surprises budgétaires en fin de chantier.

Votre copropriété subit des vols de vélos ? Demandez une étude de site gratuite

Contrôle d'accès : la brique qui empêche réellement l'intrusion

Si la vidéo documente, le contrôle d'accès est ce qui empêche. C'est aussi, dans notre expérience, la partie la plus souvent négligée lors de la rénovation d'un local à vélos, alors qu'elle conditionne l'efficacité de l'ensemble.

Le badge 125 kHz et le MIFARE Classic sont le maillon faible

Une grande partie du parc résidentiel français fonctionne encore avec des badges de proximité 125 kHz de type EM4100. Ces badges n'embarquent aucune sécurité : ils diffusent un identifiant en clair, que n'importe quel copieur du commerce recopie en quelques secondes. La génération suivante, le MIFARE Classic en 13,56 MHz, n'est pas beaucoup plus rassurante : son algorithme propriétaire Crypto1 a été cassé publiquement dès 2008, et les outils permettant d'extraire les clés puis de dupliquer une carte sont aujourd'hui accessibles à tout le monde.

La réponse technique est le passage en MIFARE DESFire EV3, avec authentification mutuelle en AES-128 et clés diversifiées par site. Le surcoût par badge reste modeste, de l'ordre de quelques euros, et le gain est réel : un badge DESFire correctement paramétré n'est pas duplicable en l'état actuel des outils accessibles au grand public. Nous en avons détaillé le fonctionnement dans nos articles consacrés au contrôle d'accès, mais retenez surtout ceci : changer le lecteur sans changer la technologie de badge ne sert à rien.

OSDP plutôt que Wiegand, surtout si le lecteur est côté extérieur

Le protocole Wiegand, encore largement répandu, transmet l'identifiant du badge en clair entre le lecteur et l'unité de traitement. Si le lecteur est installé du côté non protégé de la porte, il suffit de le déposer et de brancher un petit module sur les fils pour enregistrer les identifiants valides, ou pour rejouer une ouverture. Le protocole OSDP v2 avec Secure Channel chiffre la liaison en AES-128 et supervise la présence du lecteur : un arrachement déclenche une alarme. Pour un local à vélos dont le lecteur est en zone accessible, c'est le choix que nous recommandons par défaut.

Talonnage, porte maintenue ouverte et couplage avec la vidéo

Aucune technologie de badge ne résout le talonnage. Ce qui le traite, c'est la combinaison suivante :

  • Un contact de porte associé à une temporisation. Au-delà de 30 secondes d'ouverture, une alarme « porte maintenue ouverte » est générée.
  • Un ferme-porte correctement réglé, sans effet de claquement. C'est trivial, mais c'est précisément le claquement qui pousse les résidents à caler la porte, ce qui annule tout le dispositif.
  • Un couplage entre l'événement d'accès et la vidéo : chaque badgeage horodaté est associé à une séquence vidéo. En cas de vol, on identifie en quelques minutes le badge utilisé, ou l'absence de badgeage qui signe une intrusion par talonnage.
  • Une temporisation d'anti-retour (anti-passback) qui empêche le même badge d'ouvrir deux fois en entrée sans avoir été présenté en sortie, ce qui limite le prêt de badge d'une personne à l'autre.

Ne jamais oublier la sécurité incendie et le dégagement

Un point que nous vérifions à chaque étude et qui provoque parfois des discussions tendues avec les syndics : une porte équipée d'une ventouse électromagnétique doit toujours pouvoir s'ouvrir de l'intérieur sans clé ni badge, via un bouton poussoir de sortie et, selon les configurations, une barre anti-panique. Si la porte se trouve sur un cheminement d'évacuation, la ventouse doit être asservie au système de sécurité incendie et libérer la porte en cas de coupure d'alimentation ou de déclenchement de l'alarme. Une ventouse de 300 daN suffit très largement pour ce type de porte ; l'enjeu n'est pas la puissance de maintien mais la conformité du dispositif de sortie.

Lecteur de badge sécurisé installé à côté de la porte d'un local à vélos en copropriété
Lecteur de badge chiffré à l'entrée du local : associé à un contact de porte et à la vidéo, il permet de tracer chaque accès et de détecter les portes calées.
Besoin de migrer vos badges vers une technologie sécurisée ? Parlons de votre installation

RGPD, CNIL et vote en assemblée générale : le cadre à respecter

Installer des caméras dans les parties communes d'un immeuble d'habitation est parfaitement légal, à condition de respecter un cadre précis. Ces espaces ne sont pas des lieux ouverts au public au sens du code de la sécurité intérieure : il n'y a donc pas d'autorisation préfectorale à demander, sauf si une caméra filme la voie publique. En revanche, le traitement relève pleinement du RGPD et du contrôle de la CNIL.

Ce que la copropriété doit respecter

  • Champ de vision limité : les caméras peuvent filmer les accès, le local à vélos, les parkings et les circulations, mais jamais les portes palières des logements, ni l'intérieur des appartements, ni la voie publique sans autorisation préfectorale spécifique.
  • Durée de conservation proportionnée : la CNIL considère qu'un mois constitue un maximum, et rappelle que quelques jours suffisent dans la majorité des cas. Pour un local à vélos, nous paramétrons généralement 15 jours, ce qui laisse le temps de constater une disparition au retour d'un week-end prolongé.
  • Information des personnes : panneaux d'affichage visibles à chaque entrée de zone filmée, mentionnant la finalité, le responsable de traitement, la durée de conservation et les modalités d'exercice des droits. Une note d'information distribuée aux copropriétaires et locataires complète utilement le dispositif.
  • Accès aux images restreint : la liste des personnes habilitées à visionner les enregistrements doit être limitée et formalisée. En pratique, c'est le syndic et éventuellement un membre désigné du conseil syndical, avec des comptes utilisateurs nominatifs sur l'enregistreur et une journalisation des consultations.
  • Registre des traitements : la copropriété, représentée par le syndic, doit inscrire le dispositif dans son registre.
  • Cas particulier du gardien : s'il existe un gardien salarié, il s'agit aussi d'un dispositif susceptible de filmer un lieu de travail. Le salarié doit en être informé individuellement, et les caméras ne doivent pas placer son poste sous surveillance permanente.

Un mot sur la biométrie, régulièrement évoquée en assemblée générale : la CNIL se montre très restrictive sur son usage pour l'accès aux immeubles d'habitation, considérant que le badge sécurisé répond au besoin sans recourir à une donnée aussi sensible qu'une empreinte. Nous déconseillons formellement d'engager une copropriété dans cette voie. Concernant les journaux de badgeage, qui constituent également des données personnelles, une conservation de l'ordre de trois mois est un repère raisonnable.

Le passage en assemblée générale

L'installation d'un système de vidéosurveillance et de contrôle d'accès dans les parties communes doit être votée en assemblée générale. Elle relève en général de la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c'est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires, avec la possibilité d'un second vote à la majorité simple dans la même assemblée si le premier vote recueille au moins le tiers des voix (mécanisme dit de la passerelle de l'article 25-1). En pratique, il est indispensable de faire figurer à l'ordre du jour non seulement le principe de l'installation, mais aussi le devis retenu, la durée de conservation des images et la désignation des personnes habilitées à y accéder. Une résolution mal rédigée est une résolution attaquable.

Notre conseil : faites établir deux ou trois devis comparables sur un cahier des charges identique, en précisant le nombre de caméras, la résolution, la durée de conservation et le contenu du contrat de maintenance. Sans cahier des charges commun, les devis ne sont pas comparables et l'assemblée retiendra mécaniquement le moins cher, souvent le moins adapté.

Retours de terrain : trois chantiers, trois configurations

Copropriété de 118 lots à Montigny-le-Bretonneux (78)

Le contexte : un local de 42 m² au niveau -1, environ 60 vélos dont une quinzaine de VAE, quatre vols en six mois sans effraction constatée. Le diagnostic a été rapide. Les badges d'accès étaient des EM4100 en 125 kHz distribués sans registre depuis quinze ans, avec un nombre de badges en circulation supérieur d'environ 40 % au nombre de lots. La porte, quant à elle, était calée en permanence par un extincteur posé au sol, parce que le ferme-porte mal réglé claquait violemment et réveillait les logements du rez-de-chaussée.

Le dispositif installé comportait deux caméras 4 MP à vision couleur nocturne (une en identification face à la porte, une en vue d'ensemble sur les arceaux), un enregistreur 4 voies déporté dans le local technique fermé avec disque 4 To et onduleur, un lecteur DESFire EV3 en liaison OSDP, une ventouse 300 daN avec bouton poussoir de sortie et contact de porte, ainsi que le remplacement du ferme-porte et l'ajout d'un éclairage LED sur détection de présence.

Le budget voté en assemblée générale s'est établi à 4 900 € TTC pose comprise, soit environ 41 € par lot. Quatorze mois plus tard, aucun vol n'a été signalé. Le point le plus intéressant n'est pas technique : dans les trois premières semaines, le système a généré en moyenne deux alertes « porte maintenue ouverte » par jour. Ces alertes, relayées au syndic, ont surtout servi à faire évoluer les comportements. Au bout d'un mois, elles étaient tombées à moins d'une par semaine. Une tentative d'intrusion a par ailleurs été documentée en février et les images ont été remises aux forces de l'ordre sur réquisition.

Immeuble ancien dans le 19e arrondissement de Paris

Configuration très différente : un immeuble des années 1930, un local à vélos aménagé dans une ancienne cave voûtée, aucune possibilité de percer les voûtes et un cheminement de câble extrêmement contraint. Nous avons utilisé le cheminement électrique existant sur goulotte métallique, avec une caméra unique mais parfaitement positionnée en identification à l'entrée, complétée par un détecteur d'ouverture relié au système d'alarme de l'immeuble. Le local ne contenant que huit vélos, un second point de vue n'aurait pas apporté grand-chose. Coût total : moins de 1 800 € TTC. La leçon de ce chantier est simple : le bon dimensionnement n'est pas le plus gros dimensionnement.

Résidence récente en périphérie de Nantes

Nous mentionnons ce chantier parce qu'il illustre une erreur d'analyse fréquente. La copropriété avait déjà installé trois caméras dans son local à vélos, sans effet sur les vols. En reprenant l'étude, la cause s'est révélée être ailleurs : la porte de la rampe de parking restait ouverte 45 secondes après le passage d'un véhicule, et les intrusions se faisaient à pied par cette voie. Réduire la temporisation à 18 secondes, ajouter une cellule de sécurité correctement réglée et un détecteur de véhicule ont produit plus d'effet que les trois caméras réunies. Nous le répétons souvent à nos clients : une caméra ne remplace jamais un diagnostic de flux.

Quel budget prévoir pour un local à vélos en copropriété

  • Caméra 4 MP professionnelle à vision couleur nocturne : 200 à 400 € HT l'unité selon la gamme et l'optique.
  • Enregistreur 4 voies PoE avec disque 4 To de classe surveillance : 400 à 700 € HT.
  • Ensemble contrôle d'accès une porte (centrale, lecteur chiffré, ventouse, bouton poussoir, contact de porte) : 800 à 1 600 € HT.
  • Badges MIFARE DESFire EV3 : 5 à 9 € HT l'unité.
  • Câblage, coffret, éclairage et main d'œuvre : variable selon les contraintes de cheminement, souvent 30 à 40 % du montant total en bâtiment existant.

Pour une copropriété de taille moyenne, l'enveloppe se situe généralement entre 2 500 et 6 000 € TTC, soit un montant par lot qui reste sans commune mesure avec le préjudice cumulé de trois ou quatre vols de VAE. C'est d'ailleurs l'argument qui emporte le plus souvent la décision en assemblée générale.

Vous préparez une résolution pour votre prochaine AG ? Nous établissons un devis détaillé et un cahier des charges

Conclusion

Sécuriser un local à vélos en copropriété n'est pas un problème de caméra, c'est un problème de chaîne. Le contrôle d'accès en badge chiffré empêche l'entrée non autorisée, le contact de porte détecte les portes calées, la vidéo d'identification documente ce qui se passe malgré tout, et les ancrages fixes rendent le vol matériellement plus long. Retirez un maillon, et la chaîne cède au premier passage. Sur le plan juridique, l'exercice reste maîtrisable dès lors que la résolution d'assemblée générale est correctement rédigée et que les règles CNIL sur le champ de vision, la durée de conservation et l'information des occupants sont respectées. Enfin, gardez à l'esprit que le meilleur système est celui que les résidents ne cherchent pas à contourner : la qualité du réglage mécanique compte autant que la fiche technique des équipements.

L’avis de notre expert

Ce qui frappe, quand on fait ce métier depuis suffisamment longtemps, c’est le décalage entre ce que les copropriétés demandent et ce dont elles ont besoin. La demande arrive presque toujours sous la forme « il nous faut des caméras dans le local à vélos ». Or dans la grande majorité des dossiers que nous reprenons, la caméra n’est pas ce qui manquait. Ce qui manquait, c’était un badge non clonable, un ferme-porte correctement réglé et des arceaux permettant d’attacher le cadre plutôt que la roue avant.

Notre recommandation, pour un conseil syndical qui aborde le sujet, tient en trois étapes. D’abord, faire un état des lieux honnête du parc de badges : combien sont en circulation, quelle technologie, depuis quand, et avec quel registre. Ce chiffre est souvent le vrai révélateur du problème. Ensuite, traiter la mécanique de la porte avant l’électronique : une porte qui claque est une porte qui sera calée, et aucun système ne survit à cela. Enfin seulement, dimensionner la vidéo, avec un objectif d’identification à l’entrée et non de couverture panoramique.

Un dernier point sur lequel nous insistons auprès de nos clients franciliens : pensez à faire enregistrer les vélos des résidents dans le fichier national d’identification des cycles. Le marquage est obligatoire à la vente pour les vélos neufs depuis 2021, mais beaucoup de vélos plus anciens ne le sont pas. Une caméra vous donnera une image du voleur ; le marquage est ce qui permet de restituer un vélo retrouvé à son propriétaire. Les deux se complètent, et la seconde mesure ne coûte presque rien à la copropriété.

FAQ, questions fréquentes sur la sécurisation d'un local à vélos en copropriété

Oui, c'est parfaitement légal. Les parties communes ne sont pas considérées comme des lieux ouverts au public, il n'y a donc pas d'autorisation préfectorale à obtenir, sauf si une caméra filme la voie publique. Le dispositif doit en revanche être voté en assemblée générale, respecter le RGPD, ne jamais filmer les portes palières des logements, et faire l'objet d'un affichage informant les occupants.

La CNIL retient un mois comme durée maximale et rappelle que quelques jours suffisent le plus souvent. Pour un local à vélos, un paramétrage à 15 jours constitue un bon compromis : il couvre les absences prolongées tout en restant proportionné. Les journaux d'accès par badge, qui sont aussi des données personnelles, se conservent généralement sur une durée de l'ordre de trois mois.

L'installation relève en principe de la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965, soit la majorité des voix de tous les copropriétaires. Si ce vote recueille au moins un tiers des voix sans atteindre la majorité requise, un second vote à la majorité simple peut intervenir immédiatement. La résolution doit mentionner le devis retenu, la durée de conservation des images et les personnes habilitées à y accéder.

Si votre immeuble fonctionne encore avec des badges 125 kHz ou des cartes MIFARE Classic, oui. Ces technologies se dupliquent avec du matériel accessible pour quelques dizaines d'euros. Le passage en MIFARE DESFire EV3 avec chiffrement AES-128 et clés propres au site supprime cette vulnérabilité. C'est également l'occasion de reprendre le registre des badges, souvent très éloigné de la réalité après plusieurs années.

Pour une copropriété de taille moyenne, comptez généralement entre 2 500 et 6 000 € TTC pose comprise, incluant deux caméras, un enregistreur avec stockage adapté, un ensemble de contrôle d'accès sur une porte et le câblage. Rapporté au nombre de lots, cela représente souvent quelques dizaines d'euros par copropriétaire, à comparer au préjudice cumulé de plusieurs vols de vélos à assistance électrique.